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Le pastel
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Techniques du pastel - Matériel à utiliser
  Qu'est-ce que le pastel?
  Quels supports utiliser?
  Dans quels cas utilise-t-on telle ou telle sorte de pastels secs ou crayons pastels?
  Quelle est la meilleure façon de travailler le détail ou les objets de petite taille au pastel?
  Je procède toujours par crayon graphite pour mes esquisses; pour poursuivre avec le pastel sec, dois-je modifier?
  Quel matériel recommendez-vous?
 
Protection, fixation et encadrement des pastels
  Faut-il fixer le pastel?
  Comment protéger l'oeuvre au pastel?
  N'existe-t-il pas des fixateurs naturels qui n'altèrent pas les couleurs? Ou d'autres techniques?
  Peut-on se passer du verre et, de cette manière, éviter les reflets?
  Quelle sorte de verre conseillez-vous et quelle épaisseur utiliser?
  Faut-il utiliser un passe-partout de couleur claire ou bien de couleur foncée pour un pastel dont les couleurs sont vives?
  Existe-t-il une solution pour travailler le pastel sur une toile? Dans ce cas, comment fixer le pastel?
 
Conseils généraux
  Qu'est-ce qui fait qu'une peinture est équilibrée ou est considerée "en harmonie"?
  Est-il vrai qu'une composition ne doit pas être centrée et qu'elle gagne à être déséquilibrée?
  Peux-t-on arriver à peindre correctement au pastel sans avoir fait les beaux-arts et même si on ne possède pas parfaitement les techniques du dessin?
  Quelle est la meilleure façon de progresser dans la création artistique quand on est autodicdacte?
  On m'a dit que le pastel ne doit pas s'estomper. Quel est votre point de vue sur le sujet?
  Comment fabriquer des tortillons et entretenir l'estompe pour mes oeuvres au graphite ?
  Comment faire pour obtenir une transparence, par exemple un voilage blanc sur un corps nu.
 
  Faîtes-nous part de vos questions

 
 
 
Qu'est-ce qui fait qu'une peinture est équilibrée? Ou est considerée "en harmonie"?

L'harmonie, c'est un tout où chaque élément semble nécessaire pour la satisfaction du regard; Une sorte d'ordre et d'équilibre agréable à l'oeil. Comme si les couleurs, les volumes et les lignes s'accordaient pour faire une unité.

Cet effet, on l'obtient d'autant plus qu'on ne charge pas avec des détails inutiles. Souvent, les détails sont nuisibles car ils empiètent sur les éléments essentiels et rompent l'équilibre agréable à l'oeil.

Cependant je ne pense pas que la quête de l'harmonie soit une nécessité absolue. Le monde n'est pas qu'harmonie!

On devrait éviter de se poser top de questions intellectuelles lorsque l'on peint. Au contraire, il faudrait essayer de se rapprocher au plus près de l'inconscient et faire barrière à son jugement rationnel. Suivre son intuition ne trompe jamais.

La finalité de la peinture n'est pas d'obéir à des lois mais à son propre instinct; ce n'est pas de peindre en appliquant des théories, mais peindre en écoutant sa voie intérieure.

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Est-il vrai qu'une composition ne doit pas être centrée et qu'elle gagne à être déséquilibrée?

Une composition centrée est quelquefois gênante en photo mais, dans une peinture, toutes les libertés s’exercent.

Une composition très centrée peut être synonyme par exemple de puissance, hiératisme, naïveté... Elle interroge.

Par ailleurs, dans un tableau, d’autres éléments s’ajoutent à la composition pour en faire la richesse tels que la qualité du support, la texture, la matière, la touche, la sensation magnétique de la couleur, la proximité physique de la sensibilité de l’artiste...

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Peux-t-on arriver à peindre correctement au pastel sans avoir fait les beaux-arts et même si on ne possède pas parfaitement les techniques du dessin?

On peut tout à fait s'exprimer au pastel en tant que débutant.

Le pastel traduit l'essentiel tout de suite car c'est une technique directe et spontanée. Il n'y a pas d'élément intermédiaire et étranger entre la main, solidaire du bâtonnet de pastel, et le support. Par exemple un pinceau, un médium, une palette etc. qui viendraient comme encombrer l'esprit et divertir... C'est comparable au modelage d'argile où le souffle de l'artiste est impulsé directement dans la matière à chaque tension des doigts.

On peut peindre au pastel même si l'on ne possède pas parfaitement les techniques du dessin. Le pastel favorise aussi bien les coloristes que les graphistes.

D'une façon plus générale, on ne possède pas une technique avant de peindre; on peint et on arrive à maîtriser une technique, de même que c'est en forgeant qu'on devient forgeron!

Posséder une technique en arts plastiques n'est pas systématiquement nécessaire à l'expression d'une émotion, sans compter que si l'on possède quelque chose, on ne le cherche plus; or l'art est une quête permanente, une aventure dans l'inconnu, et les erreurs de parcours permettent précisément de se révéler à soi-même.

Se révéler jusqu'à l'artiste à maturité qui, pour s'exprimer, s'efforce de dépasser la technique qui n'est pas une fin en soi car son art, réduit à la virtuosité perdrait en dimension. « J'étais moins audacieux, je voulais montrer que je savais peindre » regrette le peintre abstrait Olivier Debré en parlant de ses débuts.

« Savoir dessiner n'est pas dessiner bien » disait Gauguin. En effet, dessiner en fonction de certains critères académiques est très limitatif. Il faut essayer de dessiner vrai, à sa façon, avec sincérité. Le pigment de pastel posé sur le support sera toujours chargé des vibrations intimes de la sensibilité, et ceci quelle que soit la forme donnée, dessinée à l'aide de traits ou peinte en aplats, ou encore les deux à la fois.

Ci-dessous 2 exemples de démarche d'artistes :
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Chagall dont les "déficiences" en dessin ont été salutaires. Ses dessins se présentent comme de fragiles icônes tendrement naïves, perdues dans une luxuriance de couleurs précieuses. Essayez de consulter son oeuvre au pastel

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Degas, qui souhaitait qu'on retienne de lui qu'il "aimait le dessin", crée à la fin de sa vie des pastels somptueux car déstructurés de leurs lignes savantes au profit d'amas et d'entrelacs de couleurs lumineuses. Consultez les Nus, notamment ceux de la période 1890-1910

L'histoire de l'art abonde en exemples d'artistes qui ont su trouver leur propre façon de transcrire «les contours imaginaires des objets visibles » (Roger de Piles) :
 

Van Gogh : ligne débitée en tirets épais

 

Gauguin : ligne simplifiée et puissante

 

Seurat : ligne insaisissable sous des semis de points

 

Matisse : ligne réduite à l'essentiel de l'arabesque

 

Picasso : ligne aiguë autoritaire

 

Alechinsky : ligne sinueuse tremblée, etc.

Je crois que l'expression artistique est un combat perpétuel contre soi même. On lutte parce qu'on sait trop ou parce qu'on ne sait pas assez ! Mais on lutte et c'est cette énergie du questionnement qu'il faut cultiver pour aller de l'avant

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Quelle est la meilleure façon de progresser dans la création artistique quand on est autodicdacte?

Tout est basé sur l'observation. Et, pour l'observation, tout est valable :

Par exemple :
(1)

Sortir le plus possible de "soi-même ", aller voir des expositions, visiter des musées, lire des revues d'art, rencontrer des artistes si possible dans leurs ateliers. Ne pas sélectionner un art particulier mais aller visiter toutes sortes d'ateliers ou de démonstrations. Toutes les spécialités d'art sont intéressantes car elles stimulent le champ de vision : sculpture, gravure, mosaïque, peinture, fonderie etc.

(2)

Avoir sur soi dans les déplacements un carnet de croquis pour y consigner des dessins sur le motif, comme un journal de bord. En fait, observer un maximum autour de soi et, si possible, de façon active : par exemple, dessiner des arbres lors d'une promenade à la campagne.

C'est très bien de partir d'un modèle quel qu'il soit, une reproduction ou la nature. C'est comme un tuteur qui va aider à la croissance de l'arbre. Combiner les deux ne peut être qu'un enrichissement étant donné la multiplicité des points de vue offerts. Tout est bon à "butiner" pour faire son miel!

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On m'a dit que le pastel ne doit pas s'estomper. Quel est votre point de vue sur le sujet?

Tout d'abord, un bref historique autour de la question "estomper le pastel oui ou non" :

  Non

Au XVI siècle le pastel est plutôt utilisé pour rehausser des dessins à la manière d’un crayon : exemple chez Léonard de Vinci.

  Oui

Au XVIII siècle, les pastels rivalisent en excellence avec les tableaux à l’huile et l’estompe permet de refléter avec minutie le raffinement, la préciosité, l’apparat des décors et des costumes, la carnation délicate des portraits, le côté éphémère de ce siècle éphémère.

  Non

Chardin innove et rompt avec l’artificialité du XVIII . Il construit simultanément forme et relief à l’aide de hachures parallèles de couleurs pures. Par la suite, Millet aussi utilise des hachures vives et préfigure Degas.

  Oui

Au XIX siècle les Symbolistes apprécient l’estompe pour ses effets de flou et de mystère.

  Oui et non

Degas, dans ses pastels du début, estompe la couche initiale suffisamment pour qu’elle ne soit pas altérée par les ajouts de la pâte du pastel et autre trait de couleur au bâtonnet.

Ensuite, sa technique évolue vers une superposition de faisceaux de hachures aux coloris contrastants.

  Non

Les Impressionnistes notent les effets de lumière sur le motif au pastel direct.

  Non

Au XX siècle la couleur du pastel est exaltée par les abstraits qui juxtaposent les plages de couleur pure.

Estomper c’est lier les couleurs entre elles, soit au doigt soit à l’estompe (accessoire non recommandé) pour obtenir de séduisants effets doux, vaporeux ou opaques...

Estomper peut être une facilité pour fondre les tonalités, obtenir un "flou artistique". Un débutant ressent parfois le besoin d’estomper pour dissimuler des imperfections

Je pense que l’estompe dénature le pigment, lui ôte sa fleur et sa luminosité. Le pastel étant du pigment presque à l’état pur, ce qui est rare dans la peinture, le pigment posé brut, sans artifice sur le support est un gage d’explosion de lumière.

Ci-dessous les qualités de "parti-pris" que j’associerais aux 2 procédés :

  pastel estompé   pastel non estompé  
  > aspect cireux, inerte   > respire, vivant
  > couleurs éteintes   > lumineux  
  > texture molle   > texture vigoureuse  
  > moisissures à terme sur le support   > respect du pigment donc inaltérabilité  

Faîtes l’essai de peindre 2 tableaux identiques, l’un tout à l’estompe et l’autre non estompé pour constater les différences. Vous pouvez aussi essayer les deux techniques séparément dans la même oeuvre. Et aussi combiner l’ambivalence des possibilités : par exemple, écraser la matière poudreuse et poser dessus des hachures etc.

Le pastel offre des variétés de texture à l’infini : traits fins, épais, droits, incurvés, sinueux, en diagonale, courts, longs, zigzags, zébrures, en pointillés, hachurés, grattés, frottés, humectés, raturés, taches, aplats etc. etc.

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  Nouvelle question
Comment fabriquer des tortillons et entretenir l'estompe pour mes oeuvres au graphite ?

Pour l'entretien du bâtonnet « estompe » frotter l'extrémité avec un chiffon de coton et la passer au papier-verre fin. L'estompe est un outil rigide qui manque de maniabilité et a tendance à écraser et figer le pigment. Il est préférable de recourir à des tortillons artisanaux.

Les tortillons conviennent aux exigences de l'oeuvre puisqu'ils sont souples et réalisés sur mesure par l'artiste. On les façonne notamment avec du papier buvard tendre ou du coton hydrophile. Il est intéressant aussi d'estomper avec un morceau de tissu de coton tendu sur l'extrémité de l'index, le doigt étant l'estompe la plus sensible. L'estompe idéale est le doigt nu mais avec le risque de graisser le support.

On peut aussi déposer directement de la poudre de graphite sur le support. Cette poudre subtile s'estompe délicatement et donne des nuances fines, vaporeuses, contrastées.

A propos, dessiner ou peindre avec de la poudre de graphite diluée offre de belles tonalités argentées et une texture crémeuse. Pour la préparation du médium, il suffit de délayer de la poudre de graphite dans un peu d'eau distillée et d'ajouter une goutte de gomme arabique et une trace d'agent conservateur.

Je pense que pour donner à l'oeuvre à la mine graphite toute sa respiration et son naturel et ne pas « l'encrasser  », il faut éviter de recourir à l'estompe, sauf à vouloir obtenir des effets particuliers de brillance ou autre texture incrustée dans le support.

Pour faire apparaître des dégradés, on peut utiliser l'aplat d'un bâtonnet de graphite en modulant la pression de la main sur le bâtonnet. C'est la méthode la plus directe. Mais il y a une infinité de méthodes plus élaborées notamment par superposition et assemblage de traits ou autres graphismes.

Ce bâtonnet de coupe rectangulaire autorise tous les cas de figure en fonction de la partie utilisée : l'aplat, l'arête, l'angle.

Matériaux cités :
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Bâtonnet de graphite = Cretacolor
Coupe rectangulaire 6x13mm, 3 duretés disponibles : 2B, 4B, 6B

>

Poudre de graphite « Graphite pur « = Sennelier

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Gomme arabique liquide pour gouache et aquarelle = Sennelier

>

Agent conservateur liquide (bactéricide et fongicide) = Sennelier

Artiste utilisant le graphite :
 

Nadine Maude Soucy

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Comment faire pour obtenir une transparence, par exemple un voilage blanc sur un corps nu?

Le pastel est une technique opaque. Pour obtenir une transparence, utiliser le moins possible de poudre!

La transparence peut présenter de multiples aspects mais examinons le cas du support :

1) sur support vierge
>

Utiliser le minimum de matière jusqu'à percevoir la trame du support papier au travers de la surface pastellée pour une transparence limpide.

>

Egratigner le support d'une ou plusieurs couches ténues de pastel, qui resteront comme suspendues; la transparence sera légère et lumineuse.

>

Estomper superficiellement d'un geste vif une à plusieurs couches ténues de pastel, la transparence aura une luminosité feutrée.

>

Le pastel se prête à des effets translucides car son grain mat retient la lumière. Ne pas estomper. Il se prête également à des effets diaphanes, sous la pression d'une estompe insistante qui supprime la vigueur des pigments.

2) sur support peint
>

L'apport de matière transparente sera minimal pour ne pas déranger l'ordonnance de l'oeuvre. Les superpositions de couches au pastel ne peuvent pas s'accumuler, sauf si elles sont fixées. Ceci est expliqué dans le cas ci-dessous.

Cas d'un voilage blanc sur corps nu

Le travail du voilage interviendra à la fin. Tout le travail de base réside dans le nu.

Bien que le voilage soit blanc, il est préférable de ne pas trop utiliser le bâtonnet de pastel blanc pur. L'usage intensif du blanc, ainsi que du noir, sauf effet particulier recherché, est à éviter. Le blanc "envahit" et le noir "engloutit" ! Dans ce cas précis, le haut contraste du blanc risque d'opacifier la fragile surface du voilage et de supprimer les nuances de la chair.

La blancheur naîtra de la clarté du voile et de sa luminosité.

Le voile sera évoqué avec un minimum de matière et de dessin pour garder la transparence car c'est le fond, en l'occurrence le nu et son contexte, qui apportent volume, ombre, lumière, mouvement.

Pour le travail du voile, réserver quelques bâtonnets de pastel correspondant aux tonalités sombres et claires du nu mais aussi de son environnement si le voile déborde des limites du nu.

Dans le cas d'un drapé, le voile épouse par exemple les seins ou les cuisses en lignes courbes tendues et retombe mollement entre les points saillants en lignes cassées. Les plis du textile peuvent se présenter sous la forme d'un fin bourrelet de couleur claire : relief opaque, fait de quelques traits superposés, cerné d'une ombre qui apparaîtra en creux, le sombre faisant ressortir le clair et réciproquement.

Des hachures ou autre graphisme aérien délimiteront les volumes. Pour obtenir plus de légèreté dans les ombres mêler du fusain au pastel.

Quelques accents de lumière au pastel clair, rehaussé d'une tonalité claire complémentaire, et positionnés sur des ombres du nu ajouteront reflets lumineux au voile. Quelques traces légères d'estompe réalisée sur un fond uni lui donneront un flou vaporeux.

Tracer les contours du voilage à l'aide de quelques lignes ondulantes, fines, discontinues, d'un ton clair ou sombre contrastant sur la couleur du fond.

Enfin pour exalter la blancheur du voilage, jouer avec la lumière. Esquisser de petits traits, déposer de légers aplats de poudre ici et là, de tonalité très claire que des pointes de blanc viendront illuminer !

Le pastel se prêtant à l'estompe il semblerait que pour parvenir à la transparence il suffise d'estomper. Ce n'est pas le cas ici puisqu'en estompant on va effacer les dessous, c'est à dire des parties du nu, qui n'est pas fixé, et obtenir un effet opaque et brouillé. Sur un fond fixé, l'estompe est terne.

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