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Pastel d’Odilon Redon « La naissance de Vénus ». Interaction du fond et du sujet en peinture (2)

 

Observation du pastel d’Odilon Redon « La naissance de Vénus »

REDON_VENUS_braceletLa naissance de Vénus, Pastel, Odilon Redon, vers 1912, 84,4 x 65 cm, Musée du Petit Palais, Paris

Reproduction scannée dans l’album Redon » chez Taschen. 

Le pastel d’Odilon Redon, La naissance de Vénus, est construit en trois phases. Le fond, de couleur froide, le premier plan de couleur chaude et le sujet, soit Vénus qui fait le liant entre les deux volumes de cette planète. Est-ce la mer qui se profile tel un ciel en arc de cercle, moutonné de gerbes turquoise et bleu ou serait-ce le ciel ? Est-ce une mer intérieure qui se réfléchit dans la fosse noire exacerbant les bleuités vert sombre de chimères animales et botaniques ? Les imprécisions des oeuvres d’Odilon Redon cultivent le mystère. Les faisceaux de hachures qui font la texture de l’oeuvre, tracés d’une main indolente mais déterminée, nous aspirent dans l’alvéole du rêve. Au centre de l’oeuvre un rempart de crêtes ensoleillées encercle un promontoire encombré. Vénus en surgit comme d’un magma. Elle ne naît pas de l’onde, offerte en lumière sur une frêle coquille métaphorique à l’instar de la déesse de Botticelli, mais d’un récif périlleux, informe, voué aux gémonies. L’arc de cercle noir en bas de l’oeuvre semble être le premier jet du dessin d’une barque !

Vue de trois quart, nue, debout dans une anfractuosité, sorte de vasque, d’embarcation qui prend l’eau, de menhir renversé, ne sachant pas où prendre pied, instable, Vénus se contorsionne de pudeur. Les contours de son corps sont dessinés sur une réserve du support préservée de pigments. La couleur ocre jaune du support papier donne sa tonalité au corps, juste rehaussé dans la tonalité. Tête et bras ont subi un estompage fantomatique à partir de la poudre des nuées aquatiques. La déesse a la tête dans les nuages de vagues, son diadème est éclairé. Cette grande économie de moyens la projette toute lisse et légère au premier plan. L’ocre est visible à travers les couches de pastel aérées, non superposées, en un fourmillement sous-jacent de grains de sable chauds.

Rupture de style, une grande tache plâtrée de blanc jusqu’à la trame du support et qui fait penser à un animal en fuite, nous met soudain devant la dure réalité d’une lumière de réveil brutal. La naissance de Vénus a l’étrangeté onirique des oeuvres d’Odilon Redon.

 

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Pastel piqué. Des piqures de moisissures se sont invitées avec le temps, repérables surtout en haut de l’oeuvre. Les doigts du pastelliste travaillant la poudre, en contact direct avec les pigments et le support, laissent des traces dont se réjouit parfois l’humidité !