PRIMAVERA 20-03-2016 Jardin des Plantes de Montpellier, INVITATION dessins originaux d’arbres

Primavera_2016_cartonBonjour,

A l’occasion de la Journée PRIMAVERA du Jardin des Plantes de Montpellier, dimanche 20 mars 2016, de 10h à 18h, je présenterai à l’Institut de Botanique, dans le Hall de l’amphithéâtre, une sélection de dessins originaux d’arbres du Jardin que je croque sur le vif à l’encre de Chine et au calame… depuis 16 ans…

Je présenterai aussi des livres et albums de dessins d’arbres en résonance avec des poèmes d’écrivaines. Primavera_2016_livres_albums_Liens_3

Si vous passez par là le 20 mars prochain, je serais ravie de vous rencontrer

Mes amitiés,

Marie-Lydie

ZELKO_L_400Zelkova du Jardin des Plantes de Montpellier

 

Regard sur l’oeuvre de Vieira da Silva

J’ai le plaisir de vous présenter deux publications parues dans la revue « étoiles d’encre » n° 57-58 des éditions Chèvrefeuille étoilée.

Une mise en perspective subjective de l’art de Vieira da Silva

« Grenouille », un poème de Huguette Bertrand en résonance avec une PastelLithe

 

DA_SILVAParis la nuit, huile sur toile de Vieira da Silva. 1951, 54x73cm. Extrait panoramique de l’oeuvre

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GrenouillePastelLithe de Marie-Lydie Joffre

 

 

Bleu 2 de Miró. Interaction du fond et du sujet en peinture (4)

Suite et fin de de l’entretien « Interaction du fond et du sujet en peinture »

Bleu 2 de Miró

Miro_Bleu2Bleu II. Huile sur toile, Miró, 1961, 270×355 cm, Musée national d’art moderne, Centre Georges Pompidou, Paris. Cette oeuvre est le numéro deux d’un triptyque.

 

Je commençais par dessiner au fusain dès le petit matin. Je consacrais le reste de la journée à me préparer, puis, enfin, je me mettais à peindre. Le fond d’abord… Les mouvements du pinceau, du poignet, la respiration de la main, tout comptait. Ce combat m’épuisait. Miró

Miró a recouvert la totalité des toiles grand format de son triptyque, Bleu I, II, et III, du bonheur de se perdre dans l’ampleur d’un bleu méditerranéen. La couche picturale est légère, et le bleu qui paraît uniforme au premier abord, est moiré. A partir de ce fond, l’artiste a distribué les éléments de ses compositions decrescendo. Il est important pour moi d’arriver à un maximum d’intensité avec un minimum de moyens. D’où l’importance grandissante du vide dans mes tableaux. Miró.

Miró, de retour d’un voyage aux Etats-Unis, est inspiré par l’Action painting de Pollock et par l’Expressionisme abstrait de Rothko. Mais chez lui, les formes ne sont jamais totalement abstraites, elles restent reliées à la vie, à la nature, aux constellations…

Bleu I fait jongler des planètes ténébreuses dans toute l’étendue du support.

Bleu III est l’oeuvre la plus minimale. Tombée du ciel, une météorite ancre la toile, tandis que tout en haut, vibre une coccinelle cerf-volant prête à s’envoler, retenue à un fil d’araignée traversant le tableau en souple diagonale.

Bleu II est le pilier central du triptyque. Sur la quiétude fluide de son espace indéfini, se découpe à la lisière de l’oeuvre, en une gestuelle oblique de banderille, une lance ensanglantée qui ressemble à une blessure. L’intense couleur de cette forme, pour peu qu’on la fixe des yeux, projette sur le fond bleu des rayures cinétiques rouge flou ! Elle est escortée d’une portée de gouttes, lunes noires, galets, notes de musique…

Sa partie haute est ombrée de bleu tremblé. L’artiste l’a voilée d’une légère couche de rouge qui laisse transparaître une remontée de bleu du support. Puis, il l’a ceinturée d’une ganse vermeille. A moins, qu’inversement, les pigments issus du bourrelet aient diffusé dans ceux du fond bleu encore humide. Ce fil rutilant cernera tout le pourtour de la forme.

Dans la partie basse, la charge de peinture est travaillée graduellement de recouvrements huileux, jusqu’à s’embraser à la pointe d’une flèche vermillon. – Les trois peintures obéissent à la consigne classique : dessous maigres et superpositions progressivement épaissies en liant gras – En excès d’huile, la couche picturale s’écorche ici en minuscules particules de peau pigmentée, prodiguant une chaude texture au travers de laquelle on devine parfois comme le souvenir bleu du support sous-jacent.

L’ombre indécise qui auréole le pourtour de la forme est probablement due à un reliquat d’huile qui se propage par capillarité en un halo rosé sur l’azur du fond. En outre, des rehauts la creusent pour la sous-tendre d’un relief de véhémence. Si le regard se noie dans le bleu, il se produit alors une propagation de coulées bleu lactescent qui répondent à des passages de nuées violines.

Les aplats lunaires bien que lissés de noir, paraissent en apesanteur. Ces petits pas de jeu de marelle, conjugués à la plateforme rouge, ont des affinités avec les mobiles de Calder. Le peintre et le sculpteur, liés d’amitié, partagent l’idée de liberté et un art inventif, ludique et poétique allié à la grâce du mouvement.

Sur le fond céruléen de l’oeuvre, s’égrainent à l’infini le rouge incandescent d’une turbulence de soleil, et le noir d’éclipses de lunes…

 

Accrochage du triptyque Bleu 1, Bleu 2, Bleu 3 au Centre Pompidou :
http://culturebox.francetvinfo.fr/expositions/peinture/les-trois-bleus-de-miro-au-centre-pompidou-un-reve-une-evidence-108961

« Encres & PastelLithes » clip vidéo de Françoise Renaud

J’ai plaisir à vous faire partager le clip vidéo Encres et PastelLithes que Françoise Renaud, écrivain, a réalisé autour de mes encres illustrant son récit Inondation, à l’occasion des deux journées du 18 et 19 juillet 2015, dédiées aux rencontres des ateliers d’artistes du Chemin des z’Arts de Saint-Laurent-le-Minier.

Pour télécharger Encres et PastelLithes cliquer sur le lien  ​​ JOFFRE.avi

En cas de panne au niveau du lien ci-dessus, vous pouvez voir la vidéo Inondation

ici sur YouTube https://www.youtube.com/watch?v=brstpiE02Us
ou
à partir du site perso de Françoise Renaud sur la page « Inondation » http://www.francoiserenaud.com/bibliographie/romans-recits/inondation/

NB La musique des Pink Floyd qui accompagne la vidéo ne se déclenche pas dès l’ouverture mais s’imprègne tout doucement…

Petite suite à Chemin des z’Arts

Le 18 et 19 juillet 2015 se tenait le rituel Chemin des z’Arts à Saint Laurent le Minier en Cévennes, fidèle à lui-même, après la catastrophique crue qui s’était abattue sur le village à l’automne dernier. Grâce à la détermination et la solidarité des habitants du village en reconstruction, l’évènement a eu sa floraison.

Françoise Renaud, écrivain, qui a vécu le désastre et le relate dans son récit Inondation – illustré de mes encres – m’a invitée, à l’occasion de Chemin des Arts, à exposer dans son jardin renaissant.

Le tronc du cerisier, elle l’a caparaçonné d’une encre rotonde. Ci-dessous 3 prises de vue de Françoise, attachées à la matière.

 

  zArts_chez_Françoise_18_07_2015_089_LLe bouclier du guerrier

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 Une coulée de gomme arabique approche, féline, l’encre sur papier,

comme si elle fleurait l’apport de colle dans l’aplat du trait d’encre mat

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 Les lignes éclair de l’encre vive sur papier

et les callosités ligneuses de l’écorce sont pourtant de même famille !

 

 

 

Chemin des z’Arts

 

Chemin des z’Arts 2015
Saint-Laurent-le-Minier

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zArts_chez_Françoise_18_07_2015_L_chaussureMLLes 18 et 19 juillet 2015, mon jardin a accueilli les œuvres de Marie-Lydie Joffre à l’occasion du Chemin des z’Arts. Les visiteurs ont pu les contempler tout autant que le paysage, marqué par la catastrophe survenue l’automne dernier.
Merci à tous ceux qui sont passés par là.

Françoise Renaud

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zArts_chez_Françoise_18_07_2015_009_LDe gauche à droite : Marie-Lydie Joffre, Chantal Bossard et Françoise Renaud
Photographies 1,3,4 et 5 : Françoise Renaud / 2 et 6 : Chantal Bossard
Blog du Chemin des Z’Arts

Aquarelle de Delacroix. Interaction du fond et du sujet en peinture (3)

Cheval effrayé par l’orage est une aquarelle romantique d’Eugène Delacroix. Au premier plan, le cheval qui se cabre semble émaner de la fougue du ciel, grâce à la préparation dynamique du fond de l’oeuvre sur lequel il se découpe en un contraste saisissant de luminosité. Un ciel profond, noir nuagé de verts, dont on devine par endroit le grain du support papier, un sol éclairé sépia, et entre les deux, une étendue glacée de noir à la finition du travail, servent de mise en valeur au corps elliptique du cheval dont la silhouette électrisée, zébrée de zones verdâtres, a été préalablement réservée sur le support dès la mise en oeuvre.

 Delacroix_cheval_LCheval effrayé par l’orage. Aquarelle d’Eugène Delacroix. 23,6x32cm. 1824. Budapest, musée des Beaux Arts.

Médusé, le cheval est peint à l’aide des éléments. Les ombres vertes et sombres du corps et des pattes y sont puisées, réchauffées parfois d’un lavis brun de la teinte du sol ou soulignées de vert clair pour trancher sur les tonalités sombres. Les pattes en zigzag font écho à la fulgurance des éclairs. La crinière et la queue miment le tumulte des nuages à coups de vagues de flammèches d’où émergent des figures de harpie, de dragon…

A noter que la touche verte, posée directement sur le blanc du papier, est aérienne. Rare en aquarelle, la texture des rehauts est pâteuse, toutefois fouettée par le trait nerveux de Delacroix. Les parcelles du support papier non recouvertes de peinture chauffent le cheval à blanc. Au cœur de l’œuvre, des pointes écarlates, complémentaires de toute cette véhémence de jade, ajoutent un cerne dramatique aux yeux exorbités, naseaux flageolants, oreilles dressées en bec d’aigle crachant le feu du ciel !

Pastel d’Odilon Redon « La naissance de Vénus ». Interaction du fond et du sujet en peinture (2)

 

Observation du pastel d’Odilon Redon « La naissance de Vénus »

REDON_VENUS_braceletLa naissance de Vénus, Pastel, Odilon Redon, vers 1912, 84,4 x 65 cm, Musée du Petit Palais, Paris

Reproduction scannée dans l’album Redon » chez Taschen. 

Le pastel d’Odilon Redon, La naissance de Vénus, est construit en trois phases. Le fond, de couleur froide, le premier plan de couleur chaude et le sujet, soit Vénus qui fait le liant entre les deux volumes de cette planète. Est-ce la mer qui se profile tel un ciel en arc de cercle, moutonné de gerbes turquoise et bleu ou serait-ce le ciel ? Est-ce une mer intérieure qui se réfléchit dans la fosse noire exacerbant les bleuités vert sombre de chimères animales et botaniques ? Les imprécisions des oeuvres d’Odilon Redon cultivent le mystère. Les faisceaux de hachures qui font la texture de l’oeuvre, tracés d’une main indolente mais déterminée, nous aspirent dans l’alvéole du rêve. Au centre de l’oeuvre un rempart de crêtes ensoleillées encercle un promontoire encombré. Vénus en surgit comme d’un magma. Elle ne naît pas de l’onde, offerte en lumière sur une frêle coquille métaphorique à l’instar de la déesse de Botticelli, mais d’un récif périlleux, informe, voué aux gémonies. L’arc de cercle noir en bas de l’oeuvre semble être le premier jet du dessin d’une barque !

Vue de trois quart, nue, debout dans une anfractuosité, sorte de vasque, d’embarcation qui prend l’eau, de menhir renversé, ne sachant pas où prendre pied, instable, Vénus se contorsionne de pudeur. Les contours de son corps sont dessinés sur une réserve du support préservée de pigments. La couleur ocre jaune du support papier donne sa tonalité au corps, juste rehaussé dans la tonalité. Tête et bras ont subi un estompage fantomatique à partir de la poudre des nuées aquatiques. La déesse a la tête dans les nuages de vagues, son diadème est éclairé. Cette grande économie de moyens la projette toute lisse et légère au premier plan. L’ocre est visible à travers les couches de pastel aérées, non superposées, en un fourmillement sous-jacent de grains de sable chauds.

Rupture de style, une grande tache plâtrée de blanc jusqu’à la trame du support et qui fait penser à un animal en fuite, nous met soudain devant la dure réalité d’une lumière de réveil brutal. La naissance de Vénus a l’étrangeté onirique des oeuvres d’Odilon Redon.

 

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Pastel piqué. Des piqures de moisissures se sont invitées avec le temps, repérables surtout en haut de l’oeuvre. Les doigts du pastelliste travaillant la poudre, en contact direct avec les pigments et le support, laissent des traces dont se réjouit parfois l’humidité ! 

Face à face de l’œuvre et du regardeur

Il dépend de celui qui passe que je sois tombe ou trésor
Paul Valéry

A l’occasion d’un vernissage, le photographe a saisi la rencontre de Samantha et d’un pastel exposé. Surprise en cage dans un face à face avec l’oeuvre, Samantha se trouve dans des conditions d’isolement propices au dialogue ! Son attitude sensitive est évocatrice de ses sentiments.

Saisissement de la découverte !

Questionnement et recueillement

Moment du flottement de la perplexité ! Approcher le matériau, essayer d’en pénétrer le mystère, être à l’écoute de ce qu’il provoque en soi où tout se bouscule car l’oeuvre donne à ressentir, penser, imaginer, et questionne autant qu’elle demande…

Transportation au-delà de l’œuvre

Regard intérieur, peut-être inspiré par ce sentiment de plénitude secrète que l’on éprouve souvent à la visite d’une expo, et qui donne confiance en soi et désir de créativité.

L’œuvre qui s’est vue regardée, existe, ainsi est-elle ressourcement pour le regardeur, et l’auteur.

Ce qui importe c’est de fonder un amour nouveau à partir d’êtres et d’objets jusqu’alors indifférents
René Char (« Sous la verrière » conversation avec Georges Braque »)
avec l’aimable autorisation de Samantha et de ses parents
Papillon vermillon, pastel de Marie-Lydie Joffre
Photos © Jacques Joffre

Sunday, August 21, 2011

“Corps et ombres” Caravage et le caravagisme européen (4) Georges de La Tour

Georges de La Tour (Vic-sur-Seille, 1593 – Lunéville 1652)

image(1)Le Nouveau-né. Huile sur toile. Vers 1648. H. 76 cm ; L. 91 cm. Rennes, musée des Beaux-Arts

Voici l’inespéré en peinture ! Quiétude de l’inquiétude, chaleureuse intimité, les âges de la vie, jeune maman étonnée, pensive, petit souffle de tendresse comme un brin de buée au nez du nourrisson, on ne se lasse pas de contempler ce chef-d’oeuvre, sans cesse renouvelé telle la respiration. Oeuvre universelle.

Georges de La Tour est un peintre visionnaire. En son temps, le XVIIe siècle, ses oeuvres étaient déjà très appréciées. L’artiste, peintre ordinaire du roi Louis XIII recevait des commandes de la part de la Cour et de clients parisiens. Il avait offert au roi une peinture de “Saint Sébastien”, pièce si belle que le monarque “fit ôter de sa chambre les autres tableaux pour n’y laisser que celui-là.”
Pourtant, après sa mort, les oeuvres sont oubliées et ce n’est qu’au XXe siècle qu’elles sont réhabilitées. Seule une quarantaine de tableaux ont été retrouvés, la plupart ayant péri dans l’incendie de Lunéville à l’époque de la guerre de 30 ans.

Aucun portrait ni autoportrait de l’artiste n’existe.

La peinture de Georges de La Tour, crépusculaire nébuleuse où une tache rouge dominante est immergée dans un monde clos de tonalités ocres à bruns, inspire silence et méditation. La plupart des scènes sont en intérieur et les personnages peu nombreux comme dans les peintures du Caravage. Cependant le style de Georges de La Tour n’est pas réaliste mais stylisé à l’extrême de façon presque cubique ; les volumes, étagés en plans simples jusqu’à la retenue, la pudeur, l’immobilité, sont apprêtés pour l’éternité ! Chez lui les cris sont intériorisés. Ce qu’il cherche au travers d’un visage lunaire, un geste suspendu, une attitude figée, un regard lointain ou aveugle c’est à questionner la destinée de l’homme.

Georges de La Tour transcende le quotidien de spiritualité, la lumière de subtilité.

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 Ci-dessous extrait du journal Midi Libre : l’arrivée au musée Fabre de Montpellier du célèbre tableau “Madeleine à la flamme fumante”

image(2)“Madeleine à la flamme fumante”, tableau jamais restauré, juste nettoyé mais dans un incroyable état de conservation, le jour où il a été dévoilé au musée Fabre. A gauche, avec les gants, Jean-Patrick Mirandel, conservateur au musée de Los Angeles qui le prête.” A ses côtés Monsieur Hilaire, conservateur du musée Fabre.

 

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Voici deux citations du poète René Char à propos de l’art de Georges de La Tour (extraits des textes : LE NU PERDU 1964-1970)

JUSTESSE DE GEORGES DE LA TOUR

26 janvier 1966.

L’unique condition pour ne pas battre en interminable retraite était d’entrer dans le cercle de la bougie, de s’y tenir, en ne cédant pas à la tentation de remplacer les ténèbres par le jour et leur éclair nourri par un terme inconstant.

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Il ouvre les yeux. C’est le jour, dit-on. Georges de La Tour sait que la brouette des maudits est partout en chemin avec son rusé contenu. Le véhicule s’est renversé. Le peintre en établit l’inventaire. Rien de ce qui infiniment appartient à la nuit et au suif brillant qui en exalte le lignage ne s’y trouve mélangé. Le tricheur, entre l’astuce et la candeur, la main au dos, tire un as de carreau de sa ceinture ; des mendiants musiciens luttent, l’enjeu ne vaut guère plus que le couteau qui va frapper ; la bonne aventure n’est pas le premier larcin d’une jeune bohémienne détournée ; le joueur de vielle, syphilitique, aveugle, le cou flanqué d’écrouelles, chante un purgatoire inaudible. C’est le jour, l’exemplaire fontainier de nos maux. Georges de La Tour ne s’y est pas trompé.

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